Jury de fin d'année
Marcel Pesleux, architecte, Serge Creuz, scénographe, et Ann Veronika Janssens, étudiante. Photographie Hugues Boucher © ENSAV LA CAMBRE
  Histoire de l'école
AUX ORIGINES
De la fondation de l'école par Henry van de Velde, à aujourd'hui : 90 ans d'une belle aventure humaine et artistique ...
Lorsque Henry van de Velde (1863-1957) crée l’école de La Cambre, à l’époque Institut supérieur des arts décoratifs, il a déjà plus de 60 ans. Sa carrière internationale d’artiste décorateur et d’architecte ne lui a pas permis jusque-là de réaliser le «laboratoire» pédagogique dont il rêve depuis son arrivée à Weimar en 1902 et la création en 1908 de l'Ecole des arts décoratifs du grand duché de Saxe-Weimar : un institut modeste et éphémère – van de Velde est contraint à la fermeture en 1915 – qui préfigure cependant le premier Bauhaus fondé par Gropius en 1919.
Déjà en 1912, alors qu’il est encore en Allemagne, van de Velde entreprend un certain nombre de démarches pour créer à Bruxelles un institut comparable à celui de Weimar. Quatorze ans plus tard, le ministre des Sciences et des Arts Camille Huysmans donne jour à ce projet, en novembre 1926, malgré la résistance et l’opposition violente du monde des Académies. L’école est installée en contrebas de l’avenue Louise, dans le site exceptionnel de l’abbaye cistercienne de La Cambre.

Van de Velde réunit pour la première fois le corps professoral de l’école en mai 1927 : les professeurs, tous issus de l’avant-garde belge, sont désignés pour 3 ans. L’école compte 80 étudiants à la rentrée de septembre. Elle sort ses premiers diplômés en théorie et pratique du théâtre, dessin technique, ornementation appliquée aux métiers et industries d’art et arts du tissu en 1929, ses premiers architectes en 1930. La production de La Cambre est montrée au grand jour en 1931 lors de la première exposition des travaux d’étudiants organisée au Palais des Beaux-arts de Bruxelles.

Van de Velde quitte la direction de La Cambre en 1936. Lui succèderont le poète et dramaturge Herman Teirlinck (1936-1950), l’architecte Léon Stynen (1950-1964), l’historien de l’art Robert-Louis Delevoy (1965-79), l’écrivain Joseph Noiret (1980-1992), l’historienne de l’art France Borel (1992-2002) et, aujourd’hui, l’architecte urbaniste Caroline Mierop (2003). Plusieurs générations d’artistes, professeurs et étudiants, ont successivement construit la réputation et l’identité de l’école : on peut citer, parmi les contemporains, les artistes Ann Veronica Janssens, Marie-Jo Lafontaine, Fabrice Samyn ou Didier Vermeiren, les stylistes Cédric Charlier, Sandrina Fasoli ou Anthony Vaccarello, les cinéastes Aubier et Patar, les illustrateurs Benoît Jacques et Pascal Lemaître, les designers Thierry Brunfaut (Base Design), Nathalie Dewez ou Elric Petit (Big Game), etc.

Depuis 1980, La Cambre ne forme plus d’architectes. Une autre Cambre les a longtemps regroupés sous le nom d’Institut supérieur d’architecture de la Communauté française –un institut désormais rattaché à l’Université libre de Bruxelles. De nombreux autres départements, de nouveaux ateliers ont à l’inverse vu le jour au cours des décennies. Le design industriel fait son entrée à l’école en 1954 -La Cambre est la première école de Belgique à enseigner cette discipline ; le cinéma, en 1957. Plus récemment, on peut citer la création des ateliers Espace urbain, Stylisme et création de mode ou, plus inattendue dans une école d’art, Conservation-restauration des œuvres d’art -une formation ouverte en 1981. Un nouvel atelier ouvre enfin en septembre 2015 : Accessoires -une formation exclusivement organisée au niveau du Master. La Cambre compte aujourd’hui 18 cursus artistiques et de nombreuses pratiques artistiques transversales y sont également enseignées.

Au-delà des disciplines, au-delà des noms, au-delà de l’esprit du temps -car La Cambre aura été, dès l’origine, le reflet des grands courants de pensée et de création de son temps- c’est une attitude, un mode de fonctionnement qui caractérisent l’école: le grand brassage, le grand remue-ménage, les passages sous niveau et la vigueur des idéologies, la rigueur de la pensée, l’exigence de cohérence, la dimension du rêve et… tous les avatars de l’imaginaire ! (Robert-Louis Delevoy, 1978)