Chaire à vif 2026
Chaire à vif 2026
L'écologie de l’esprit à l’ère de l’intelligence artificielle : machines, mémoires et pouvoirs
CHAIRE À VIF est une chaire ouverte au sein de La Cambre, matérialisée par un cycle de conférences tout au long de l’année académique. Chaque édition est confiée à une personnalité européenne qui se distingue sur le plan artistique, académique, sociétal ou scientifique, offrant ainsi un espace de réflexion critique et créatif au cœur de l’institution.
Porté par Anne Alombert et l’artiste-chercheuse Judith Deschamps, le prochain cycle de conférences analyse les métamorphoses de nos esprits à l’ère des technologies numériques, de l’allégorie de la caverne de Platon aux intelligences artificielles génératives. Ces dispositifs réorganisent nos mémoires, notre attention et nos milieux symboliques, se révélant à la fois remède et poison, instrument d’émancipation et vecteur de fragilité. Philosophie, histoire des médias et recherches-créations artistiques se croisent pour repenser ces technologies, non comme simples prothèses de l’esprit, mais comme partenaires sensibles révélant nos vulnérabilités et la richesse de nos imaginaires collectifs.
Lundi 2 février 2026
L’écologie de l’attention dans le milieu numérique : cavernes artificielles et archéologie des médias
Anne Alombert
Dans sa célèbre allégorie de la caverne, Platon évoquait déjà le pouvoir de fascination et les risques de manipulation inhérents aux images artificielles. Depuis la Grèce ancienne, nos cavernes artificielles n’ont cessé d’évoluer, transformant nos mémoires et nos imaginations, brouillant les rapports entre réalité et fiction. Dans la caverne numérique contemporaine, de nouveaux pouvoirs tendent à s’affirmer : ce sont ceux des géants du numériques qui captent nos attentions et influencent nos comportements, au moyen de « technologies persuasives » et d’algorithmes de recommandation.
Que devient la vie de l’esprit dans ce nouveau milieu artificiel ? Comment les médias numériques affectent-ils nos facultés attentionnelles, réflexives et mémorielles ? Quelles sont les conséquences politiques de la numérisation de nos espaces publics et de nos milieux symboliques ? Nous tenterons de répondre à ces questions en confrontant les analyses philosophiques aux enjeux contemporains.
Mercredi 18 février 2026
Pharmacologie de l’intelligence artificielle : enjeux psychiques et politiques des automates numériques
Anne Alombert
Dans le célèbre dialogue du Phèdre, Platon s’interroge sur la dimension pharmacologique de l’écriture alphabétique, qui se diffuse dans la société grecque : l’écriture permet d’augmenter la quantité de savoirs conservés mais les citoyens risquent aussi de ne plus pratiquer leurs mémoires vivantes, de ne plus interpréter et renouveler les connaissances et de se laisser séduire par les discours des sophistes. Ces trois risques se rejouent dans le contexte de l’ « intelligence artificielle générative », à laquelle nous déléguons nos capacités d’expression : les calculs probabilistes risquent d’uniformiser nos milieux symboliques et les biais idéologiques d’influencer les manières de parler et de penser.
Comment ces nouvelles machines linguistiques affectent-elles nos capacités à écrire, à réfléchir et à nous relier ? Que faisons-nous, au juste, lorsque nous échangeons avec un chatbot simulant une altérité ? Pourrons-nous encore croire en ce que nous voyons, lisons et écoutons lorsque la majorité des contenus seront automatiquement générés ? Nous tenterons de répondre à ces questions en nous appuyant sur l’histoire de la philosophie et les recherches contemporaines concernant ces phénomènes inédits.
Mercredi 8 avril 2026
L’IA en fin de vie : technologie, finitude, sublimation et mélancolie
Judith Deschamps (en discussion avec Anne Alombert)
Durant cette séance, Judith Deschamps, artiste et docteure de l’EUR ArTeC, présentera ses travaux de recherche-création effectués dans le cadre de sa thèse intitulée « L’IA en fin de vie : vers une resubjectivation par le machinique » : cette présentation sera suivie d’une discussion avec Anne Alombert puis avec le public.
A rebours des idéologies transhumanistes et techno-solutionnistes et de leur imaginaire validiste, qui ne jurent que par l’augmentation, la puissance et l’immortalité, les recherches-créations de Judith Deschamps nous invite à faire l’épreuve de notre corps et de notre finitude dans un rapport réinventé aux technologies numériques, auxquelles il ne s’agit pas de se comparer, mais qu’il s’agit de se réapproprier à travers des pratiques à la fois manuelles, sensorielles, et mémorielles.
A travers deux projets à la fois artistiques et collectifs, Judith Deschamps explore la manière dot l’expérience de la puberté par des enfants soprano et celle de la vieillesse par des personnes résidant en EHPAD peuvent nous aider à repenser notre rapport à l’intelligence artificielle et à sublimer notre rapport à la finitude et à la mortalité.
Entre enfance et vieillesse, incomplétude et complétude, incarnation et désincarnation pour engendrer de nouvelles formes relationnelles avec l’IA, non pas en dépit de nos/ses limites, mais à travers elles.